Un artisan innove un instrument de musique combinant l'Oud et l'Outar

Un artisan innove un instrument de musique combinant l'Oud et l'Outar

A Casablanca, un artisan innove un instrument de musique combinant l'Oud et l'Outar / Crédit photo: MAP

Avec ses bras forts et musclés, l'artisan-artiste Khalid Chihab sculpte le tronc d'un arbre pour confectionner un nouvel instrument de musique dont la forme et les sons combinent l'Oud oriental et l'Outar marocain avec pour nom "Al Aawtar".

La grande passion et l’amour qu’il voue aux instruments à cordes l’ont poussé à suivre le chemin de son père et à réaliser des instruments de musique, un métier hérité de père en fils, en mettant à profit ses touches artistiques pour la composition de notes musicales (Do – Ré – Mi – Fa – So – La – Si – Do).

Né à Casablanca en 1974, Khalid Chihab estime que la réalisation de ce nouvel instrument de musique nécessite un savoir-faire très particulier.

Au début, la pièce en bois est séchée trois à quatre mois avant de poursuivre le travail durant un mois à un mois et demi supplémentaire, a-t-il affirmé dans une déclaration à la MAP.

Parmi les types de bois préférés figurent notamment l’acajou et l’amandier qui servent de matériau pour fabriquer les différentes pièces de l’instrument surtout la manche et la caisse de résonance qui est recouverte de peau de chèvre en vue de former un rythme musical avec des sons particuliers, tout en utilisant la pâte collante, la sciure du bois de cèdre pour rassembler les différentes parties ainsi que les outils de polissage, de décoration et de teinture afin de conférer plus d’esthétique à l’aspect attrayant de l’instrument.

L’artisan a également rappelé que la réalisation de ce produit, qui a commencé comme une simple idée en 2012, a nécessité trois ans d’essais infructueux avant d’aboutir finalement à la confection d’Al Aawtar, un instrument dont les niveaux de ses quatre cordes sont équivalents au rythme du violon, contrairement à l’Oud qui dispose de 11 à 13 cordes.

Les raisons qui l’ont encouragé à créer ce genre d’instrument de musique sont liées notamment à sa volonté de préserver l’héritage marocain et de contribuer à son enrichissement en combinant l’Outar marocain original et d’autres instruments de musique dont des instruments importés comme l’Oud irakien, le Saz turc, la Guitare, le Banjo et le Hajhouj, a-t-il poursuivi.

Et d’ajouter que du fait que la majorité des utilisateurs d’instruments à cordes n’ont pas une large culture musicale, alors ils peuvent à travers l’instrument Al Aawtar « découvrir maqamat de l’Oud mêlé à la saveur de l’Outar marocain original ».

Dans un coin à Kissariat Ahl Fès à Bab Marrakech dans l’ancienne médina de Casablanca, Khalid reste souvent confiné dans son atelier qui ne dépasse pas deux mètres de long sur un mètre et demi de largeur, et malgré son exiguïté, l’atelier témoigne de nombreuses années de créativité et d’innovation avec la production d’environ 23 types d’instruments de musique de la nouvelle génération, comme en témoignent les artistes qui y affluent nombreux.

Il a également rappelé que le début était à un âge précoce quand il avait abandonné l’école à la quatrième année du collège pour s’intéresser à remodeler les restes de cuir et de bois, utilisés par son père pour réaliser des instruments de musique comme le Bendir, et les transformer en objets d’art très appréciés par les touristes étrangers, ajoutant que cela l’avait incité à s’orienter vers la production de ce nouveau type d’instrument de musique alors qu’il entamait la deuxième décennie de sa vie.

Il a, en outre, indiqué que malgré le positionnement de son atelier situé dans un coin loin de la vue des visiteurs, la bonne réputation dont il jouit a fait de lui une destinée aux artistes qui utilisent les instruments de l’Oud et l’Outar à l’instar de Jamal Zerhouni, Omar Boutmazoukht, Mohamed Mahfoudi, Hamid Mostaghni, Gharbaoui, Bouabid Berrazi, Abderrahman Ait Zer, Hosni Zerhouni, Abderrahim Meskini, Mohamed Akour, Farid Said et le défunt Mahmoud Idrissi.

Parmi ses clients figurent des artistes marocains mais aussi étrangers en provenance d’Arabie saoudite, de Syrie, d’Irak, de France et des Pays-Bas, comme le souligne son site Web qui présente une collection de photos souvenirs.

Par ailleurs, Khalid Chihab n’a pas renoncé à l’amour voué à l’Outar, rappelant dans ce sens que de grands efforts ont été déployés dans la perspective de faire connaitre cet instrument de musique, tout en ajoutant qu’à travers « l’association l’Outar marocain pour l’art authentique », fondée avec son compagnon de route Said Lakrini, il œuvre activement à réaliser cet objectif en organisant chaque année un concours ouvert aux fans et aux utilisateurs de cet instrument de musique.

Il a toutefois indiqué que l’épidémie du Coronavirus a perturbé tous les calculs et les organisateurs du concours ont été contraints de reporter cette année l’annonce du vainqueur de cette édition à la fin du mois sacré du Ramadan, un moment où l’association a l’habitude d’organiser cet événement artistique et culturel sur Facebook durant les mois de juillet et septembre de chaque année.

Pour protéger sa propriété intellectuelle, l’innovateur Khalid Chihab a encodé cet instrument de musique en utilisant une technique spécifique qui désintègre complètement l’instrument après une tentative de démembrer celui-ci pour explorer le secret et la source de ses notes musicales particulières sur lesquelles il est compté pour accéder aux milieux artistiques mondiaux.

MAP / Rachid Aomari