Les "Endogirls", à la quête d'une féminité épanouie

Les "Endogirls", à la quête d'une féminité épanouie

Entre errance médicale, douleur atroce et espérance d'une grossesse, Meryem et Latifa, sont deux battantes de longue haleine qui mènent un combat éreintant contre une maladie invisible, isolante et handicapante au quotidien.

Armées de patience et de persévérance, ces deux guerrières font front depuis des années à l’endométriose, une maladie gynécologique chronique qui commence à peine à sortir de l’ombre. Souffrant le martyr de cette pathologie féminine, difficile à diagnostiquer, elles se sont lancées dans un long périple entre les corridors des hôpitaux en quête de soulagement.

« J’avais des règles très douloureuses et je n’arrivais ni à manger ni à marcher pendant les premiers jours des menstruations, sauf que tout mon entourage estimait que c’était normal et qu’il suffisait de prendre des médicaments », confie Meryem, ex-cadre d’entreprise âgée de 32 ans, à la MAP.

« J’ai dû vivre avec mes douleurs en silence jusqu’à l’âge de 25 ans où j’ai commencé à avoir des saignements récurrents et abondants. J’ai décidé de consulter mais à ma surprise le gynécologue était du même avis que ma famille”, se rappelle cette jeune femme, qui attendait impatiemment son tour dans la salle d’attente du médecin, avec un visage d’une pâleur terreuse et des yeux éteints de fatigue.

Désemparée, la jeune fille décide de consulter un autre médecin. « Enfin, après une série d’examens, j’apprend que je souffre d’endométriose », affirme-t-elle.

“J’étais soulagée de poser des mots sur ma souffrance et de savoir que les douleurs n’étaient pas dans ma tête mais qu’elles étaient dues à une vraie maladie », poursuit Meryem avec un regard dévoilant de lourds antécédents médicaux et une grande souffrance.

Latifa, pour sa part, n’a pas échappé à la règle. « J’ai vécu avec cette maladie pendant 15 ans avec tous ses symptômes, notamment les nausées, les vertiges, les diarrhées, et surtout l’incapacité de se lever du lit pendant les règles, mais sans savoir que je souffrais d’une maladie qui marquera ma vie à jamais », témoigne cette belle dame de 45 ans.

Comme Meryem, Latifa avait fait part de sa souffrance à son généraliste qui l’avait rassurée en lui affirmant qu’une fois mariée tout ira bien, alors que « ce n’était pas le cas! »

« Une fois mariée, le calvaire ne fait que commencer. Les douleurs persistaient et se manifestaient surtout pendant les rapports conjugaux, mettant en péril ma vie de couple », dit-elle avec un visage blême et une voix qui cache mal sa détresse .

L’histoire se complique pour Latifa, jeune mariée à l’époque, car après deux ans de mariage elle n’arrive pas à avoir d’enfant. « C’était le déclic. Les consultations, les analyses et les IRM se suivent pour enfin diagnostiquer ma fameuse endométriose », déplore-t-elle avec un sourire désarmant.

Incurable, cette maladie impacte profondément la vie quotidienne, professionnelle et familiale de ces guerrières, qui luttent de toute leurs forces contre la douleur en vue de mener une vie normale comme toute autre femme.

De son côté, Meryem a payé cher le prix de sa maladie. Avec les consultations régulières et les douleurs insoutenables, elle était obligée de s’absenter souvent de son travail. « J’ai été congédiée. L’entreprise n’a pas toléré mon absence continue vu que j’occupais un poste stratégique dans la boîte, qui nécessitait une totale disponibilité », regrette-elle.

Ce licenciement s’est répercuté sur sa situation financière et ne lui permettait plus de payer les prix exorbitants des examens médicaux nécessaires pour suivre son état.

« Ma famille me soutenait mais c’était insuffisant. Résultat: je suis actuellement au 4ème stade de la maladie, un stade sévère et profond. J’ai une atteinte digestive du rectum du foie, des reins, des ovaires et des deux trompes », fait savoir la jeune femme, qui venait d’effectuer un contrôle médical, accompagnée par sa mère.

Plongée dans la dépression et la crainte de l’avenir, Meryem avait arrêté d’être suivie pendant deux ans jusqu’au jour où elle découvre la communauté « endogirls », terme utilisé pour désigner les femmes souffrant d’endométriose, qui s’expriment dans les blogs et groupes Facebook.

« C’est à cet instant que tout bascule! je découvre des femmes souffrantes et fortes ainsi que de très belles success stories comblées d’espoir », se félicite-elle, faisant savoir que cette communauté a investi les réseaux sociaux pour témoigner, conseiller, informer et encourager celles qui, comme elles, souffrent d’endométriose.

Grâce à cette solidarité féminine, la jeune femme sort petit à petit de sa spirale dépressive et décide de reprendre sa vie en main.

Quant à Latifa, elle perd son couple. « Mon ex mari ne pouvait plus supporter mes crises de douleurs, qui ne prenaient jamais de répit et il voulait avoir un enfant par tous les moyens », indique-t-elle, ajoutant qu’elle avait essayé à mainte reprises la Fécondation in vitro (FIV) mais en vain.

Livrée à elle même, la belle dame continue son combat seule. Elle poursuit son traitement et subit nombre d’opérations chirurgicales, qui marqueront la beauté de son corps à jamais.

Après des années de combat, une nouvelle histoire d’amour surgit et le « bébé miracle » arrive sans aucune attente préalable.

« Mon mari m’avait accepté avec tous mes antécédents médicaux et surtout avec mon infertilité », souligne Latifa.

Six mois après sa deuxième opération, le corps médical constate que la maladie était déjà revenue de façon incroyable. « Et pourtant, quelques jours après, j’ai appris que j’étais enceinte. Mon histoire prouve qu’il n’y a rien de logique. A un moment donné, on aurait tendance à baisser les bras, en même temps que l’entourage. Moi, j’ai voulu y croire jusqu’au bout. La maladie m’a appris à profiter de chaque petite victoire », poursuit-elle.

Sur le pied de guerre, ces « endogirls » encaissent, font face à leur ennemi et avancent. Le combat qu’elles livrent n’est pas contre un adversaire identifié. Il s’agit plutôt d’affronter leurs propres limites et de dépasser leur faiblesses pour défier le destin et mener une vie joyeuse en dépit de la maladie. Persévérer, ne jamais lâcher, le combat serait certainement gagné.

Source: MAP