L'auto-tune, "l'outil-maître" du style controversé du "Way Way"

L'auto-tune, "l'outil-maître" du style controversé du "Way Way"

Image d'illustration

Il fut un temps où le romantisme l'emportait ! Des jeunes et adolescents écoutaient de belles chansons. Peu importe le style, ils étaient tous à la recherche de la libération de leur imagination et de "l’exaltation du moi". L'intrusion excessive d'un outil allait, toutefois, avoir un impact jamais vu sur la perception des "b.a.-ba" de la musique. L'Auto-Tune !

Baladeurs à cassette (Walkman) en poche et allure classique pour les amoureux de la chanson marocaine et orientale, apparence plutôt décontractée pour les fans des rythmes occidentaux, « les romantiques d’antan » se retrouvaient, sans le savoir, absorbés par les belles paroles de leurs poètes de prédilection, d’autant qu’ils se sentent emportés par une sensation de bien-être « émotionnel » aux rythmes des maîtres compositeurs.

Feu Mohamed Al Hayani, Abdelwahab Doukkali et Naima Samih, ou Oum Kalthoum, Mohammed Abdel Wahab et Abdel Halim Hafez, ou encore Elvis Presley, Ray Charles et Michael Jackson, ne sont que l’échantillon d’une panoplie de chanteurs, chacun à son style, qui avaient tant coloré les journées et les nuits « blanches » de toute une génération. Et la musique Raï ?

A ses débuts, cette musique avait eu quelques difficultés à s’imposer. Il va falloir attendre les années 80-90 pour voir ce courant prendre son essor, grâce notamment à des pépites, devenues ensuite les grands maîtres de cet art. Cheb Khaled, Cheb Hasni, Cheb Mami et feu Mimoun El Oujdi furent, entre autres, les protagonistes de cet envol.

Après avoir fait ses preuves « à domicile », le Raï va chercher ses gloires dans l’outre-Méditerranée pour « s’internationaliser », permettant à la fois aux jeunes issus de l’immigration de renouer avec leurs racines, et aux plus novices de découvrir un genre musical propulsé sur le devant de la scène.

Mêlant rythmes arabes, orientaux, occidentaux, parfois même indiens et introduisant de nouveaux instruments, tels le saxophone, la batterie, la guitare électrique ou encore la basse, les maîtres du Raï, forts de leurs voix mélodieuses, trouvaient facilement les moyens d’offrir des spectacles hauts en couleurs là où ils atterrissent dans le monde entier. Les featurings de Cheb Khaled avec Sting et de Cheb Mami avec Zucchero en sont des illustrations parfaites !

L’histoire du Raï allait, cependant, prendre une autre tournure à partir des années 2000, après le changement de paradigme de l’Auto-Tune. Ce logiciel est devenu non seulement un outil vocal, mais un instrument, dont ne peuvent plus se passer beaucoup d' »artistes » incapables de chanter le moindre refrain sans y avoir recours.

Apportant une correction aux fausses notes et même à celles les plus hasardeuses, l’Auto-Tune n’est plus ce fameux correcteur utilisé en studio, mais c’est l’outil qui a donné naissance à une infinité des « Chebs », tous dotés de la même voix et chantant la même chose. C’est la nouvelle mode du « Way Way » !

Révolu le temps des grands orchestres, les musiciens de ce nouveau style qui ne fait pas l’unanimité n’ont besoin que d’une boîte à rythmes, un piano orgue, une table de mixage, un micro et de la magique Auto-Tune, et le tour est joué ! Quant aux paroles, elles sont puisées dans tous les registres, l’unique souci étant de tomber sur la fameuse rime.

Simo, un jeune chanteur à Meknès, souligne que ce style musical a vu le jour « pour permettre à ceux qui n’ont pas les capacités (vocales) de faire entendre leurs voix ».

« L’Auto-Tune fait tout le travail ! il suffit de parler et tout semble musical », a expliqué à la MAP ce jeune, qui a quelques clips sur Youtube.

Cependant, Simo s’est dit nostalgique quant « aux temps de la vraie musique, quand la voix, le talent du chanteur et les instrumentalistes qui l’accompagnent étaient indissociables dans chaque œuvre musicale ».

Mais plus qu’un simple registre musical, le « Way Way » est devenu de nos jours un style de vie. En effet, les langages d’apparence et vestimentaire ostensibles d’un « waywayeur » sont facilement détectables, aussi bien pour les garçons que pour les filles : cheveux en dégradé bien lissés et pantalon slim quand il s’agit d' »être classe » et survêtements avec espadrilles pour le mode sport. Des claquettes et des chaussettes courtes pourront aussi faire l’affaire !

Le « Way way » est aussi connu pour sa danse pas comme les autres. Mimer toutes les paroles et rendre le verbal gestuel est sa particularité. Leur fief de prédilection ? le TikTok. Avec les effets qu’il offre, ce réseau social devient, le plus souvent, l’espace par excellence où ces jeunes (Marioul ou Marioula) s’expriment et exposent leur Lifestyle.

C’est ainsi dire à quel point un simple outil pourrait changer toute la conception même des fondements d’un art, jadis indiscutables, et laisser place à un nouveau style de vie… Ce qui est valable pour le Raï l’est aussi pour la plupart des autres musiques, et partout dans le monde.

Anouar Afajdar