Issa Nassiri : "La littérature marocaine a besoin d'un lecteur assidu"

Issa Nassiri : "La littérature marocaine a besoin d'un lecteur assidu"

Le romancier marocain Issa Nassiri / Photo: Archives

Les jeunes écrivains marocains qui ont marqué la scène nationale et arabe par des œuvres de valeur sont des autodidactes, a affirmé le romancier marocain Issa Nassiri, pour qui "la littérature a besoin d’un lecteur assidu".

Dans un entretien accordé à la MAP suite à l’inscription de son roman « Al-Fossayfissaï » (le Mosaïste) sur la short list des finalistes de l’édition 2024 du Prix international de la fiction arabe (Booker 2024), Nassiri a souligné que l’inscription fréquente des jeunes écrivains marocains sur cette liste, tels que Abdelmajid Sebbata, Mohcine Al-Wakili et Tarek Bakari, n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de leurs efforts personnels et de leur travail silencieux loin des projecteurs et des lumières.

Le facteur de la lecture élargie et l’ouverture aux littératures mondiales et la mise à profit de l’énergie de ces jeunes et de leur enthousiasme ont contribué à cette présence remarquable au Prix international de la fiction arabe.

L’auteur de « Al-Fossayfissaï » a, par ailleurs, rassuré que la littérature marocaine se trouve entre les bonnes mains d’un lecteur marocain assidu, soutenant qu’il ne craint pas pour cette littérature dans une société où sa jeunesse lit avec passion.

« Parmi ces lecteurs, nous verrons bientôt de nouveaux écrivains émerger avec force », a-t-il soutenu.

Il a aussi fait part de son bonheur après avoir atteint la short-list du Booker 2024, précisant que son sentiment est « un mélange de bonheur et de soulagement » : « Je suis heureux de cet accueil réservé à ‘Alfoussayfissaï’. C’est un honneur pour moi et je remercie la direction du Prix et son comité qui ont eu confiance en mon travail’.

« Quant à mon soulagement, il vient du fait que la notoriété du roman est désormais assurée. En étant sélectionné sur la short liste de ce prix, il bénéficiera d’une plus grande diffusion et touchera un plus grand nombre de lecteurs », a-t-il poursuivi.

Selon lui, « Alfoussayfissaï » célèbre l’art, l’écriture, la liberté et l’amour, où trois manuscrits (deux romans et des mémoires) sont écrits par trois écrivains obsédés par l’écriture et la passion de l’art.

Ces écrivains/personnages échangent les rôles et les positions pour se livrer à la narration dans une sorte de polyphonie complexe, formant un récit mosaïque signifiant et évocateur, a-t-il encore expliqué.

Sur la signification du titre « Alfoussayfissaï », Nassiri a estimé que du moment que le roman est essentiellement une œuvre d’assemblage irréaliste d’éléments réels, sa trame narrative ressemble à la disposition de petites pierres ou de cubes colorés.

« Ainsi, chaque écrivain ou romancier dans ce roman est en quelque sorte un maître-mosaïste », a-t-il dit.

En outre, le titre peut renvoyer à deux personnages du roman qui ont exercé le métier de mosaïste, dont l’un d’eux (Thami) maîtrise les deux métiers : la mosaïque marocaine et l’écriture, a-t-il relevé.

Évoquant les difficultés qu’il a rencontrées pour écrire ce roman, le jeune écrivain a indiqué que le plus difficile a été de travailler sur deux périodes distantes d’environ dix-huit siècles, précisant qu’il a dû recourir à des ouvrages historiques pour combler cet écart bien que les références ne fournissent pas toutes les informations sur la présence romaine en Maurétanie tingitane.

« J’ai dû combler de nombreuses lacunes par l’imagination. Cela est dû au fait que la frontière entre l’histoire et l’imagination romanesque est toujours mouvante, selon chaque créateur. Il est préférable de privilégier la créativité et l’imagination à la rigueur historique », a-t-il encore expliqué.

Pour les conseils qu’il pourrait donner aux jeunes désireux de se lancer dans l’écriture, Nassiri s’est contenté de dire qu’il préfère que le jeune écrivain « construise son propre style en se basant sur son aventure créative personnelle ».

Il a, en revanche, estimé que le point de départ le plus important pour le débutant en écriture est la lecture qui puise dans chaque domaine de connaissance, tout en restant ouvert aux œuvres romanesques arabes et mondiales, en vue de mettre à profit les techniques narratives de leurs auteurs.

En plus de l’engagement sérieux et constant dans le travail créatif, « il faut prendre en compte le lecteur et penser à lui constamment dans ce que nous écrivons », a-t-il insisté.

Concernant son projet, Nassiri a révélé qu’il compte retourner à un vieux manuscrit pour le dépoussiérer, à savoir un roman qui était sur la liste du Prix Rashid bin Hamad Al Sharqi pour la créativité dans la catégorie du roman lors de l’édition 2020.

MAP / Abdelatif Abilkassem