Art et réalité : Le cinéma a-t-il vraiment prédit le nouveau coronavirus ?

Art et réalité : Le cinéma a-t-il vraiment prédit le nouveau coronavirus ?

Image du film "Contagion", réalisé par Steven Sodergergh en 2011.

Il n'en fallait que quelques semaines après l'émergence du nouveau coronavirus en Chine et sa propagation rapide dans le monde, que la polémique autour d'un vieux/nouveau problème sur la relation entre l'art et la réalité voit le jour. Nombre de cinéphiles et de férus de littérature estiment que des films, sortis il y a des années, ont décrit avec une grande précision, voire même prédit le nouveau coronavirus, apparu pour la première fois dans la la ville Wuhan, en Chine.

Le film « Contagion », réalisé par Steven Sodergergh en 2011, est une des productions artistiques qui a peint de façon surprenante l’histoire d’un virus apparu pour la première fois à Hong Kong, transmis d’une chauve-souris à un porc, puis à un cuisinier qui contamine, par une poignée de main, une citoyenne américaine. De retour à son pays, cette dernière transmet le virus à sa famille et l’épidémie se propage dans le monde, infectant des millions de personnes et faisant des milliers de morts.

Le scénario du film semble très similaire au scénario du nouveau coronavirus, puisque l’on soupçonne que sa source doit être un marché d’animaux sauvages à Wuhan. Les symptômes qui apparaissent sur les personnes touchées sont également similaires, leur propagation à grande échelle, les efforts nationaux et internationaux déployés pour les prévenir et les recherches intensives pour trouver un vaccin efficace contre eux montrent à quel point les deux scénarii se ressemblent.

Toutes ces coïncidences confirment la capacité du cinéma à prédire l’avenir, selon les spectateurs du film « Contagion » dont le nombre a augmenté après l’apparition du coronavirus, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des États-Unis.

« J’ai payé 12,99 dollars pour revoir un film sorti il y a dix ans, ce que je n’ai jamais fait auparavant », a déclaré le réalisateur et scénariste américain Barry Jenkins au journal « New York Times » il y a quelques jours.

« J’étais vraiment curieux de voir à quel degré le film ressemblait à ce qui se passe aujourd’hui », a dit le réalisateur du film « Moonlight », sacré aux Oscars en 2017, ajoutant que « c’était surprenant. Je me sentais comme si je regardais un documentaire. Tous les acteurs impliqués sont des personnes vraies ».

Dans un avis contraire concernant cette histoire de prédiction, le critique de cinéma marocain Fouad Zouirik estime que le nouveau coronavirus n’est pas la première épidémie que connaît le monde. D’autres épidémies virales avaient frappé l’humanité comme « la grippe espagnole » de 1918, qui avait fait au moins 50 millions de morts, et « la grippe asiatique » de 1957, ou encore le SRAS de 2003 appartenant à la famille des coronavirus et également originaire de Chine, rappelle Zouirik dans une déclaration à la MAP.

Lors de l’émergence de ces épidémies, des mesures similaires à celles prises aujourd’hui avec le nouveau coronavirus avaient été prises, notamment la mise en place de quarantaines, le confinement des malades, la fermeture des lieux publics, l’annulation des rassemblements,…ajoute-il.

Si certains films avaient approché des conditions ressemblant à celles dans lesquelles nous vivons aujourd’hui, ils reflètent également ce que vivaient les générations précédentes, ce qui signifie que « ces films n’ont rien prédit, mais ont plutôt reformulé l’histoire à partir de sources historiques et scientifiques, en y ajoutant des situations et histoires dramatiques et fictives pouvant par hasard ressembler à notre vécu actuel, ou futur…il ne s’agit pas d’un miracle », a-t-il conclu.

Répondant à une question sur la capacité du cinéma à prévoir l’avenir en général, M. Zouirik a expliqué que cette question « requiert beaucoup de logique, de science et peu de hasard, bien que beaucoup y voient de la magie et du miracle ».

Il a, dans ce cadre, cité des exemples de films censés avoir prédit l’avenir, comme le film « Back to the future », sorti en 1985, qui « éblouit le spectateur par ses images montrant avec précision certaines technologies que nous utilisons aujourd’hui ou dont la fabrication a nécessité des étapes importantes telles que la voiture volante », ainsi que le film « In Time » (2011), dans lequel ont été utilisées des puces implantées sous la peau, à travers lesquelles des transactions commerciales peuvent être effectuées…ce qui est testé actuellement ».

« Ce que le public ne sait pas, c’est que de nombreux scénaristes ou réalisateurs de ces films s’appuient sur des recherches et des études scientifiques existantes qui n’attendent que l’application », a-t-il soutenu.

Certains réalisateurs consultent des chercheurs spécialisés dans la futurologie, d’autres fondent leurs faits sur des événements historiques qui peuvent se reproduire dans le présent ou l’avenir et sont inspirés par des technologies modernes disponibles à petite échelle, telles que la ville Samsung qui utilise des technologies et des méthodes n’existant pas sur le marché et que le consommateur moyen ne peut utiliser qu’après des années, a-t-il renchéri.

En outre, l’imagination d’un auteur ou d’un réalisateur peut parfois jouer un rôle important dans la construction de l’avenir, à condition de ne pas être soumis à des règles définies par la logique pour qu’il puisse convaincre le spectateur, citant, à cet égard, la téléphonie mobile employée dans la célèbre série de science-fiction américaine « Star Trek et qui a inspiré l’ingénieur Martin Cooper, pour devenir aujourd’hui une technologie normale, routinière et non surprenante.

Source: MAP